Menu au restaurant à 2 € pour les étudiants : c'est l'histoire d'une idée...

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07/12/2024 - article du Dauphiné Libéré
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Ce samedi midi, des étudiants en difficulté financière pourront déjeuner au restaurant Ici Grenoble pour seulement 2 €. Une initiative qui tient beaucoup aux propriétaires des lieux et à une chaîne de solidarité.

Jeudi midi, le poulet indien citronné et son riz basmati parfumé était à 12 €. Ce samedi, pour certains étudiants, « ce sera 2 € ». Fernando Torres a fini son service, porté en cuisine les kilos de courses amenés par Flore, sa compagne, et peut enfin se poser quelques instants pour raconter d'où vient cette démarche unique, qui a déjà suscité l'intérêt des professionnels du secteur depuis que nous l'avons révélée la semaine dernière.

« Cette précarité alimentaire étudiante, c'est totalement anormal »

Fernando, chef du Ici Grenoble, n'est justement pas “d'ici”. Et son témoignage en dit long sur la situation : « Je suis arrivé du Chili il y a quinze ans, un pays où les étudiants sont toujours un peu en économie de guerre. Mais à Grenoble, je n'avais pas cette perception d'étudiants en galère. C'est venu il y a quelque temps, on en a parlé avec Flore [Pavy] ainsi qu'avec les étudiants qui travaillent parfois chez nous. On a mélangé les idées pour faire naître un projet avec la “signature Pavy”. »

Pavy, c'est Pierre, son beau-père et personnage incontournable de la restauration à Grenoble. Un homme ancré à gauche et engagé de longue date. Le repas de Noël pour les sans-abri (entre autres), c'est lui. Durant 22 ans, c'est aussi lui qui présidait aux destinées du restaurant du musée Le 5, avant qu'un profond différend avec la Ville ne le contraigne à quitter les lieux (une procédure judiciaire est en cours).

Apporter sa pierre à l'édifice face à la précarité étudiante croissante, les restaurateurs en ont eu l'idée « il y a cinq-six ans, quand on a vu les revendications pour un repas à 1 € au Resto U ». Mais la crise Covid passe alors par là : « Durant cette période, poursuit Pierre Pavy, on n'a pas arrêté de cuisiner pour les associations [caritatives] et on a reporté cette initiative. Puis, début septembre, je lis dans Le Dauphiné libéré que des centaines d'étudiants forment des files d'attente pour des distributions alimentaires sur le campus. Et là je me dis : mais c'est pas possible, c'est totalement anormal », glisse-t-il, sans mettre en cause les pouvoirs publics, mais en les taquinant un peu quand même...

« Je suis donc allé voir notre fournisseur principal chez Alpagel, qui nous aide déjà pour des dispositifs de solidarité. Il a été immédiatement partant, en acceptant de ne prendre aucune marge. »

Le mois dernier, le plat principal avait déjà baissé de 2 € !

Au restaurant aussi, on a réfléchi pour créer ce menu à 2 €. Il y a un mois, pour éviter un coût trop élevé pour certains convives, « on a déjà baissé le plat du jour de 14 à 12 €, glisse Fernando. Pour cela, comme pour le menu à 2 €, il faut être créatif, attentif aux offres du marché, curieux. Mais ça déclenche une belle énergie autour de nous en matière de solidarité ».

Les trois premiers samedis de décembre, janvier, février et mars, certains étudiants (lire ci-après) pourront donc déjeuner à ce tarif. « On part sur trente à quarante couverts », avance Fernando alors que l'on comptait 26 réservations vendredi midi. « Je veux que l'histoire du 5 et de cette solidarité perdure, rebondit Pierre Pavy. Ça nous met en avant dans une ville dont les 65 000 étudiants représentent aussi la clientèle de demain, mais ça a également un effet boule de neige pour les autres restaurants. »

Une initiative qui pourrait perdurer au-delà du mois de mars. C'est en tout cas le souhait de Fernando Torres : « Peut-être le dernier samedi du mois quand les étudiants ont encore plus besoin d'un coup de main. » Un « coup de main » que ces restaurateurs proposent aussi depuis des années à l'accueil SDF qui jouxte le Ici Grenoble, rue du Vieux-Temple.

Jean-Benoît Vigny

 

L'épicerie solidaire en appui

C'est grâce à l'épicerie solidaire installée dans le centre-ville de Grenoble que les restaurateurs ont pu développer ce dispositif du repas à 2 €. « C'est en me rapprochant d'eux, notamment de Chantal Vivier, cheffe du projet pour la Banque Alimentaire de l'Isère, que j'ai pu être en lien avec les étudiants précaires », explique Pierre Pavy. Ces étudiants peuvent accéder à l'épicerie sous conditions de ressources (à savoir un reste à vivre de 340 €).

Début novembre, la Banque Alimentaire de l'Isère a en effet ouvert son épicerie solidaire pour les étudiants, Le Rayon Esope 38.

« On pense que 3 000 étudiants ne peuvent pas se nourrir correctement tout le temps »

« Sur la base des statistiques nationales, on pense qu'il y a au moins 3 000 étudiants qui sont en difficulté financière au point de ne pas pouvoir se nourrir correctement tout le temps. « S'il y a déjà des structures qui les aident, en particulier sur le campus de Saint-Martin-d'Hères, l'analyse a montré que les structures d'aide touchaient un millier de jeunes. Et elles ne peuvent pas s'étendre à l'infini. D'où la création de cette nouvelle épicerie », détaillait Chantal Vivier dans nos colonnes.

Quand elle aura ouvert tous ses créneaux, cette épicerie devrait être en mesure d'accueillir jusqu'à 3 000 étudiants par mois.