Les associations caritatives font face à une baisse des dons
Les dons aux associations ont nettement reculé en 2025 et la tendance devrait se poursuivre en 2026 selon les résultats du baromètre de la solidarité, publié jeudi 7 mai par la fondation Apprentis d'Auteuil. Dans le Nord-Isère, si les dons semblent se maintenir pour l'instant, les structures caritatives redoutent une baisse de leurs revenus dans les prochaines années.
Dans la petite salle commune du Secours catholique de Vienne, situé 4, rue Laurent-Florentin, trois hommes partagent un petit-déjeuner. Un moment d'échange important pour ces publics précaires. L'association accueille tout le monde de manière inconditionnelle et propose un accompagnement individualisé aux personnes dans le besoin. Il y a également la P'tite Boutique, qui vend des articles à prix réduits, des ateliers couture ou encore les soupes partagées.
Des activités qu'il faut financer. L'association reçoit peu de subventions (moins de 25 % de son budget) et dépend donc surtout des dons. Sur ces dernières années, ils sont stables en Isère, mais le nombre de donateurs a tendance à diminuer. Entre 2023 et 2025, l'association en a perdu près de 300.
« Nos donateurs sont plutôt âgés et quand ils décèdent ils ne sont pas forcément remplacés », expose Brigitte Gauthier, présidente du Secours catholique de l'Isère. L'association a bénéficié de financements d'entreprises, mais surtout de donations, de legs et d'assurances-vie ces dernières années, avec de gros montants ce qui lui permet de maintenir un niveau de collecte stable. « Mais c'est moins confortable pour nous, ça nous donne moins de visibilité. ». L'association traverse une crise majeure au niveau national. Elle a annoncé fin 2025 un plan social prévoyant la suppression de 130 postes de salariés.
« Ne pas pouvoir donner à manger aux gens c'est une hantise chez moi »
« Les dons sont tributaires des finances de chaque Français, c'est difficile de savoir ce que va être la conjoncture dans les prochaines années, on le voit avec le détroit d'Ormuz, il suffit de peu de choses, explique Pierre Mabilon, trésorier du Secours catholique de Vienne. Quand il y a une baisse du pouvoir d'achat et qu'il faut rogner, ce sont les dons qu'on enlève en premier. »
À La Tour-du-Pin, le Secours populaire constate une baisse régulière des rentrées d'argent ces dernières années avec le décès de ses donateurs réguliers. « Les jeunes sont plus durs à attirer, eux aussi ont des problèmes et pas forcément les mêmes habitudes », explique Jacqueline Guichard, secrétaire générale du Secours populaire de La Tour-du-Pin. Les dons alimentaires des grandes surfaces ont également baissé alors que la demande ne cesse de croître. « Ça fait vraiment peur. » La structure table sur un déficit pour 2026. « On a un peu de marge des années précédentes », glisse la secrétaire générale. Une situation aggravée par le vol, fin 2025, du véhicule de l'association utilisé lors des collectes alimentaires. L'antenne a accompagné 346 familles l'an dernier. « Ne pas pouvoir donner à manger aux gens c'est une hantise chez moi », confie Jacqueline Guichard.
À la Banque Alimentaire de l'Isère, les dons financiers sont plutôt en hausse. Par contre, le nombre de denrées récupérées lors de la grande collecte en novembre a été plutôt décevant. « On a une baisse au niveau de la quantité de ce qui est donné mais pas forcément en valeur car les prix augmentent à cause de l'inflation, précise Chantal Vivier, la présidente. J 'ai eu des gens qui me disaient: “j'aimerais donner mais j'ai du mal déjà pour moi”.»
Des bénéficiaires en hausse
Avec la loi antigaspillage, les grandes surfaces ont aussi tendance à donner un peu moins, ce qui contraint parfois la Banque Alimentaire de l'Isère â acheter des denrées qui coûtent cher. À cela s'ajoutent d'autres augmentations, comme le prix de l'essence. « Pour nous c'est 1 000 euros en plus par mois, ce n'était pas prévu dans notre budget. » Dans le même temps, le nombre de bénéficiaires ne cesse d'augmenter. « Entre le début et la fin de l'année 2025, on est passé de 10 000 à 11 000 colis par semaine, soit une hausse de 8 % », détaille Chantal Vivier.
Jean-Michel Monnet-Paquet, secrétaire général du comité des Portes de l'Isère du Secours populaire a lui aussi constaté une hausse de la demande avec 400 familles prises en charge entre Bourgoin-Jallieu, L'Isle-d'Abeau et La Verpillière. « On a toujours nos contributeurs habituels qui continuent de donner. Il y a peut-être une tendance globale à la baisse mais ce n'est pas significatif, ça peut devenir inquiétant si ça s'intensifie mais pas pour l'instant. » Mais le comité préfère anticiper. Depuis quelques années, il multiplie les événements pour faire rentrer de l'argent et cherche de nouveaux partenaires.
« Des dons, il y en aura toujours, avec un noyau dur de donateurs, veut croire Pierre Mabilon du Secours catholique de Vienne. Par contre la question sera de savoir comment maintenir un équilibre financier avec leur baisse ? » La question reste ouverte.
Tim Buisson
Retraites, travailleurs pauvres... Ces nouveaux profils que les associations doivent désormais aussi aider
Les associations sont confrontées à l'afflux de nouveaux bénéficiaires ces dernières années, notamment depuis la guerre en Ukraine qui a fait augmenter les prix en France. « C'est là que les profils ont commencé à changer. Les gens freinent sur certaines dépenses », explique Chantal Vivier, présidente de la Banque Alimentaire de l'Isère.
Des personnes que les bénévoles des associations caritatives n'avaient pas l'habitude de voir ont commencé à venir chez eux. « On a de nouveaux profils, notamment des travailleurs pauvres. Ils ont un métier mais ne s'en sortent plus. Jusqu'à maintenant on ne les aidait pas, rapporte Jacqueline Guichard, secrétaire générale du Secours populaire de La Tour-du-Pin. La somme de ce qu'ils doivent en fixe ne cesse d'augmenter: l'électricité, le gaz, l'essence, le loyer... Ce sont des frais qu'ils ne peuvent pas supprimer. » Il y a également davantage de familles monoparentales et de retraités. « Quand j'ai commencé on n'en avait pas. Ils terminent la fin du mois avec 50 ou 60 euros. »
« Ce n'est pas facile de venir chez nous, les gens ont peur du regard des autres »
« Les situations sont pires, lâche Alfreda Reynaud, bénévole en charge de la coordination au Secours catholique de Vienne. On a eu un retraité qui a vécu un an dans sa voiture après une séparation. » L'association aide notamment les personnes dans le besoin à bénéficier du chèque énergie. « De nombreuses personnes ne connaissent pas leurs droits et les personnes en situation irrégulière n'en ont aucun. »
De son côté, la section du Secours populaire de Vienne est passée de 357 familles accompagnées en 2024 à plus de 500 en 2025. Dans le même temps, le nombre de colis distribués est passé de 5584 à 5749. « Ce n'est pas facile de venir chez nous, les gens ont peur du regard des autres », rapporte Michelle Danon, trésorière du Secours populaire de Vienne.
À l'inflation s'est ajoutée ces dernières semaines la hausse des prix des prix des carburants. « Il y a un temps de latence, peut-être que les gens viendront dans les mois a venir », anticipe Alain Leroy, président de la Croix-Rouge de Bourgoin-Jallieu.
T.B.