La « pandémie de la faim »

16/02/2021 - le Dauphiné Libéré
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C'est un des paradoxes de cette crise sanitaire. Jamais, les Français n'ont autant cuisiné tandis que les plus démunis sont plus nombreux à ne pouvoir manger à leur faim. Une étude des Banques Alimentaires révèle l'impact de la Covid-19 sur la précarité alimentaire.

Et si la Covid-l9 entraînait une « pandémie de la faim » ? Inédites, les longues files d'étudiants patientant pour un panier de nourriture ces derniers mois choquent dans la deuxième économie de la zone euro.

« Si la perte d'emploi, la maladie et la séparation sont toujours les trois premières raisons de l'aggravation de la situation financière des bénéficiaires de l'aide alimentaire, l'impact de la crise sanitaire est palpable », souligne l'étude CSA menée fin 2020 auprès de 1 000 bénéficiaires des associations partenaires des Banques Alimentaires et publiée lundi.

Sur deux millions de bénéficiaires des Banques Alimentaires, 51 % y ont recours depuis moins d'un an et 35 % depuis moins de six mois, précise cette enquête réalisée tous les deux ans. Parmi ces nouveaux venus, 12 % mettent en avant la crise Covid-19, cause de leur précarité. Les personnes qui ont recours à une aide depuis 3 à 6 mois sont même 23 % à citer l'impact de la crise sanitaire sur leur pouvoir d'achat.

« Il y a un lien très fort entre la crise sanitaire et la crise sociale », confirrme Laurence Champier, la directrice des Banques Alimentaires.

Responsables de l'approvisionnement de quelque 5 400 associations et centres communaux d'action sociale (CCAS), les Banques Alimentaires ont fini l'année 2020 avec 15 à 20 % de stocks en moins sur un total de 115 000 tonnes.

« Déjà, après la crise financière de 2008, on a constaté une relation de cause à effet entre la rupture d'emploi et le recours à l'aide alimentaire », relève encore Laurence Champier.

Le nombre total de bénéficiaires est alors passé de 2,8 millions en 2008 à 3,5 en 2010. Il s'établit aujourd'hui autour de 5,5 millions de personnes, selon les chiffres officiels. « Ce ne fait que progresser depuis la dernière crise », s'inquiète la directrice des Banques Alimentaires.

Le Secours Populaire a, lui, recensé une hausse de 45 % des demandes d'aide alimentaire en 2019 par rapport à 2020. Et les Restos du Cœur prévoient d'accueillir plus d'un million de personnes cet hiver contre 875 000 lors de la saison 2019-2020.

« Aujourd'hui, nous devons faire face à des besoins urgents avec les étudiants et les autoentrepreneurs, alerte encore Laurence Champier. Mais il faudra attendre juin 2021, voire la fin de l'année, pour mesurer réellement les effets de la crise et recenser tous ceux qui, malheureusement, auront besoin de nous. »

 

Les profils des bénéficiaires

Dans ses grandes lignes, le profil des bénéficiaires des Banques Alimentaires est plutôt stable :

  • 80 % sont des gens sans emploi
  • 70 % sont des femmes (majoritaires à exercer des emplois à temps partiel ou titulaires de contrats précaires)
  • 30 % sont des familles monoparentales
  • L'âge moyen est de 48 ans

Plusieurs évolutions émergent toutefois depuis 2018 traçant le portrait de bénéficiaires plutôt diplômés et « travailleurs pauvres » :

  • Le nombre de personnes ayant un emploi progresse de 3 points à 20 %
  • 63 % ont un niveau scolaire supérieur à la 3e : + 4 points
  • 37 % sont des personnes isolées : + 5 points
  • Le nombre de retraités s'élève à 17 % : + 2 points
  • 86 % des bénéficiaires ont un logement stable (+2 points)