La Banque Alimentaire reporte sa collecte annuelle.

Collecte nationale
Dossier du Dauphiné Libéré du 24/11/2020
20201124DL

La Banque Alimentaire reporte sa collecte annuelle.

À cause de la crise sanitaire, la Banque Alimentaire de l'Isère (BAI) a pris la décision de reporter sa collecte annuelle. Il faut donc trouver des solutions pour tenir jusqu'à fin janvier, date de report.

La collecte, fin novembre, c’est le rendez-vous annuel de la Banque Alimentaire avec le grand public. Tout était prêt pour le week-end du 28 novembre : 3 000 bénévoles et autant de chasubles, orange bien sûr, des masques, de la même couleur, cousus par les bénévoles… « Tout pour identifier les collecteurs dans les halls des super et hypermarchés du département », regrette Christian Chédru, président de la BAI. Regrette, car la collecte n'aura pas lieu ce mois-ci. Elle n'est pas annulée, mais reportée en janvier. « Ce n'est pas le cas partout en France, mais ici, en Isère, la situation sanitaire est trop grave. ]e ne voulais pas mettre les bénévoles en danger, surtout que la majorité a un certain âge ».

Si la date a été reportée à fin janvier, ce n'est pas un hasard : « En février et avril, il y a des vacances et en mars, les Restos du cœur font leur collecte ». Pas question d'attendre mai car « les besoins alimentaires sont là, ils sont criants ». Sachant que, facteur aggravant, la ramasse quotidienne dans les magasins diminue : « L’ouverture du dimanche et les ventes de produits à bas prix provoquent une baisse des dons quotidiens ».

Il va falloir maintenant faire face au report de la collecte. Deux mois à tenir sans les produits secs offerts par le public (conserves de légumes et fruits, de poissons, riz, lentilles...) soit 200 tonnes en moins. Il faut trouver les 15 tonnes manquantes par mois (lire par ailleurs). D'autant que les bénéficiaires augmentent. La Covid a fait son œuvre. De 6 000 bénéficiaires en 2019, la BAI vient en aide aujourd'hui à 500 personnes supplémentaires. Une augmentation de 15-20 %. « On est passés de 6 000 à 10 000 bénéficiaires durant le premier confinement, lorsque toutes les structures associatives étaient fermées. Puis, cela a ralenti à la réouverture. En août, comme tous les ans, il y a eu une très forte baisse : 3 000 bénéficiaires. En septembre et octobre, c'est reparti à la hausse. Là, on est à un pic mais avec une différence par rapport au printemps : certaines structures sont restées ouvertes ».

Tout cela, sans compter les lieux d'hébergement: « Il y a 300 personnes qui consomment des produits cuisinés à Trois étoiles solidaires. Cela représente 2 100 repas par semaine ». Auxquels il faut ajouter, entre aujourd'hui et mars, 35 000 petits-déjeuners : fruits, yaourts, lait, café, chocolat, céréales, compotes... « C'est lié un peu à la Covid et surtout au plan hivernal ».

Christian Chédru pense également aux étudiants, « représentant entre 5 et 600 bénéficiaires par semaine, au printemps. Il y en a moins pour cette seconde vague, entre 100 et 150, car certains ont pu rentrer chez eux ». L’association référente étant toujours l'Agoraé, épicerie solidaire.

« La Covid impose également de nouvelles façons d'aider », précise le président de l'association. « Aujourd'hui, il est impossible de partager un repas, un petit-déjeuner, comme le faisaient certaines de nos associations partenaires ». Il faut changer le conditionnement des produits, ces repas étant désormais pris au domicile du bénéficiaire. « Mais les produits individuels sont plus compliqués à obtenir. Nous passons beaucoup de temps à en chercher ». Inversement, pour les personnes qui n'ont pas de domicile (20 % des bénéficiaires), il faut trouver d'autres solutions encore. « ]e pense à Magdalena par exemple, qui distribue des soupes chaudes en maraude. Elle a dû fermer sa petite cuisine. C'est nous qui les préparons désormais dans notre cuisine Trois étoiles solidaires ».

La Covid et le report de la collecte annuelle n'empêchent pourtant pas les projets. « On investit actuellement dans un camion-cuisine. L’idée est d’aller à la rencontre de nos associations et de réduire nos zones blanches ››. Avec le Pays roussillonnais dans le viseur. « Le camion nous permettra de nous adapter à l'activité car nous ne souhaitons pas arriver avec une offre précise. Au contraire, si on va dans ce territoire c'est qu'une structure, porteuse d'un projet, nous a interpellés. » L'idée peut être de cuisiner dans le véhicule, de faire des petits-déjeuners... le but étant de se rapprocher des bénéficiaires, toujours en lien avec le réseau partenaire associatif.

Katia CAZOT

Une tonne de fruits et légumes isérois livrés chaque semaine

Lundi matin, sur le parking de la Banque Alimentaire de l'Isère à Sassenage, un camion sérigraphié “Récolter” vient se garer. À l'intérieur, une tonne de fruits et légumes venant des agriculteurs de l'Isère adhérents de ce groupement.

Il en sera ainsi tous les lundis jusqu'au 18 janvier. « Cette opération a commencé lors du premier confinement », avance la vice-présidente du Département en charge des actions de solidarité et de l'insertion, Anne Gérin.

« Le Département, qui achète ces produits pour la restauration des collégiens, a maintenu l'achat malgré la fermeture des établissements scolaires et les a donnés à la BAI. Aujourd'hui, les collèges sont ouverts mais ces producteurs ont moins de marchés du fait de la fermeture de la restauration collective, notamment en entreprise. Donc, d'un côté, il y a un besoin important de la BAI et de l'autre, des produits frais, de qualité et locaux. Nous les unissons ».

Le Département règle la facture, soit 17 000 euros pour la période. Une aubaine pour Christian Chédru car, « nous ne faisons pas que de la distribution de produits alimentaires, nous visons également la nutrition. Ici, on est dans la vraie économie sociale et solidaire, c'est du gagnant-gagnant ».

K.C.

Les aides européennes et le plan de relance

La Banque Alimentaire a du mal à obtenir les produits secs autrement que par la collecte annuelle. La ramasse quotidienne concerne les produits frais arrivant prochainement à péremption. Depuis des années, la Banque Alimentaire comptait donc beaucoup sur le fonds européen pour s'approvisionner et compléter la collecte. Mais... « Ce fonds européen d'aide aux démunis se termine en 2020. Pour l'instant, il est remplacé par le “Fonds de solidarité européen plus". D'autant qu'il y a eu des accords à ce niveau à cause de la Covid, avec des plans de relance conséquents, notamment pour ce fonds-là. On note une augmentation de 11 % de l'aide par rapport à l'ancien dispositif ». Christian Chédru est donc rassuré malgré une incertitude qui plane encore : « La Pologne et la Hongrie ont bloqué ce dispositif. Cependant, grâce au plan de relance français nous avons, au printemps, bénéficié de dons de l'État. Celui de cet automne nous permet d'obtenir 20 % de notre budget annuel de 500 000 euros. Soit 100 000 euros qui seront dédiés pour partie au fonctionnement: l'essence, puisqu'on est obligés d'aller plus loin, un CDD qui nous accompagne, le conditionnement à la cuisine solidaire... »

Entre le fonds européen, le plan de relance français et l'aide du Département (lire ci-contre), « on va pouvoir traverser ces deux mois d'activité sans baisser nos dons, sans baisser notre aide alimentaire. On répondra encore une fois à la demande ».

K.C.